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Traduire pour des fonds féministes : quand le langage EST le travail.

Ce qui se passe quand on considère la traduction non pas comme une prestation de services, mais comme une composante du projet politique — et pourquoi cela transforme fondamentalement la manière dont on aborde ce travail.

15 janvier 2026
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Pour la plupart des clients et clientes, la traduction est une infrastructure. C'est le moyen par lequel un document passe d'une langue à une autre pour que le travail puisse se poursuivre. Pour les fonds féministes et les organisations de défense des droits des femmes, la traduction est souvent le travail en lui-même — le moment où les valeurs politiques s'inscrivent dans la langue, ou en sont discrètement effacées.

## Pourquoi ce cas est différent

Lorsque vous traduisez une demande de subvention de l'espagnol vers l'anglais, vous ne faites pas que déplacer de l'information. Vous décidez de la manière dont la voix d'une militante latino-américaine atterrit dans la boîte mail d'un·e bailleur·euse de fonds à New York. Les choix que vous faites déterminent si son cadrage survit, ou s'il se retrouve discrètement aplani pour se fondre dans les conventions du discours dominant du développement.

À chaque phrase, la même question : Est-ce que je traduis ce qu'elle a dit, ce que je crois qu'elle voulait dire — ou ce que le·la bailleur·euse s'attend à lire ?

## Ce que nous avons appris en travaillant avec des mouvements féministes

Au cours de la dernière décennie, nous avons traduit pour un grand nombre des principaux fonds féministes — Mama Cash, FRIDA, la World YWCA, et bien d'autres encore. Certaines constantes se retrouvent dans tous ces projets.

Le langage genré n'est pas une question de style — c'est l'enjeu central. « Niñas y niños » n'est pas interchangeable avec « enfants » lorsque le travail porte sur les raisons pour lesquelles les filles, spécifiquement, ont besoin de protection.

Les rapports de pouvoir se nichent dans la syntaxe. La voix active ou passive change qui détient l'agentivité. Nous faisons ces choix consciemment, à chaque fois.

La terminologie locale importe davantage que la terminologie « correcte ». Si une communauté emploie un terme, nous utilisons ce terme — même s'il ne correspond pas au glossaire international.

Les traducteurs et traductrices portant des convictions féministes travaillent différemment. Ils et elles remarquent ce que d'autres laissent passer. Ils et elles signalent ce que d'autres ignorent.

## Le travail invisible

Les décisions de traduction les plus importantes ne figurent presque jamais dans le texte final. Elles vivent dans les notes éditoriales, les échanges avec l'auteur·e d'origine, les résistances opposées aux modèles imposés par les bailleurs·euses qui ne correspondent pas au travail.

Bien fait, le texte traduit donne l'impression d'avoir été rédigé directement dans la langue cible. Mal fait, il donne l'impression que chaque choix intéressant a été gommé. Cette différence est rarement visible pour les lecteurs et lectrices — mais elle est tout pour les personnes dont le travail est traduit.

## Ce que cela signifie pour nos clients et clientes

Si vous êtes une organisation féministe, interrogez votre prestataire de traduction sur sa conception du politique dans la traduction. Si la réponse est « nous traduisons simplement avec précision », cherchez un autre prestataire. La traduction la plus fidèle d'un travail porté par des valeurs est celle qui prend ces valeurs au sérieux — et non celle qui feint qu'elles n'existent pas.

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